40 % des projets d'agents IA seront abandonnés — et ce n'est pas la faute du modèle
Note exécutive TokenShift

Depuis deux ans, le débat dirigeant porte sur le bon assistant : quel modèle, quel copilote, quel fournisseur. C'était la bonne question pour 2024. Elle est en train de devenir la mauvaise.
Le fondateur d'eToro, Yoni Assia, affirme que la majorité de l'argent mondial sera gérée par des agents autonomes d'ici douze à dix-huit mois. Prédiction d'investisseur, à prendre pour ce qu'elle est. Mais sous la provocation, un fait de structure : on ne déploie plus un assistant à qui un humain parle. On déploie des flottes d'agents qui agissent sur vos systèmes, sans humain à chaque étape.
Et le 25 juin 2025, Gartner a posé le verdict : plus de 40 % des projets d'IA agentique seront annulés d'ici fin 2027, pour cause de coûts incontrôlés, de valeur floue et de garde-fous insuffisants.
Lisez bien la dernière partie. Ce n'est pas un problème de modèle. C'est un problème de contrôle.
L'unité de gouvernance a changé de taille
Pendant deux ans, l'unité de gouvernance de l'IA a été le prompt : un humain pose une question, lit la réponse, décide. La supervision était implicite — quelqu'un était dans la boucle à chaque interaction.
Un agent casse ce contrat. Il déclenche des actions en série, appelle des outils, écrit dans vos bases, paie, relance, escalade — pendant que vous dormez. C'est précisément ce que décrivent les usages les plus avancés : des agents qui se répartissent des tâches, écrivent du code, le testent et corrigent les bugs de façon autonome, pilotés par quelques instructions. Le tissu qui rend cela possible existe déjà : le Model Context Protocol d'Anthropic, lancé fin 2024, est devenu le standard de connexion des agents aux outils d'entreprise — adopté par OpenAI, Google, Microsoft et AWS, déployé chez Block ou Bloomberg, et confié fin 2025 à une fondation indépendante sous l'égide de la Linux Foundation.
Traduisez en langage COMEX : vos agents sont en train de se brancher sur vos systèmes via un standard que vous ne contrôlez pas, pour exécuter des actions qu'aucun humain ne relit une par une.
La bonne unité de gouvernance n'est plus le prompt. C'est l'agent.
« Agent washing » : le piège à l'achat
Avant de gouverner vos agents, encore faut-il savoir lesquels en sont vraiment. Gartner emploie un terme tranchant — agent washing — pour décrire le réétiquetage de chatbots, de RPA et d'assistants existants en « agents », sans véritable capacité d'action autonome. Son estimation : sur des milliers de fournisseurs qui se réclament de l'IA agentique, environ 130 sont réels.
C'est l'angle mort de l'achat. Un COMEX qui signe un contrat « agentique » sans clause de réversibilité achète deux risques en un : un produit qui ne fait pas ce qu'il promet, et une dépendance à un fournisseur dont il ne maîtrise ni le périmètre d'action, ni les données mobilisées, ni la sortie de relation. La question build-vs-buy n'est plus une affaire de coût. C'est une affaire de souveraineté opérationnelle.
Le mandat d'agent
Un agent autonome n'est pas un outil. C'est, fonctionnellement, un collaborateur qui agit en votre nom. Vous n'embaucheriez pas un salarié sans fiche de poste, sans responsable hiérarchique et sans pouvoir le révoquer. Appliquez la même rigueur. Nous l'appelons le mandat d'agent — quatre clauses, non négociables, avant toute mise en production.
1. Un propriétaire. Un humain nommé, pas « l'équipe IA ». Une carte de propriété qui dit qui répond des actions de cet agent devant le conseil. Sans propriétaire, il n'y a pas de gouvernance, il y a du théâtre.
2. Un périmètre. Quels systèmes, quelles données, quelles actions, avec quels plafonds. Un agent qui peut lire n'est pas un agent qui peut écrire ; un agent qui peut écrire n'est pas un agent qui peut payer. Chaque extension de périmètre est une décision, pas un réglage par défaut.
3. Une preuve. Une traçabilité auditable de ce que l'agent a décidé et fait — board-ready, pas log-ready. Le précédent Air Canada (2024) a tranché : l'entreprise est juridiquement responsable des sorties de son IA. Une décision non traçable est une décision indéfendable.
4. Un interrupteur. Un seuil d'escalade vers l'humain et un bouton d'arrêt qui fonctionne. Un agent qu'on ne peut pas arrêter en production n'est pas un actif, c'est une exposition.
Un agent sans propriétaire, sans périmètre, sans preuve et sans interrupteur n'est pas une innovation. C'est une dette de gouvernance qui s'exécute toute seule.
L'horloge réglementaire joue pour vous — utilisez-la
Le 7 mai 2026, l'accord politique provisoire sur le Digital Omnibus a repoussé les obligations européennes sur les systèmes à haut risque : Annexe III au 2 décembre 2027, produits réglementés de l'Annexe I au 2 août 2028. Beaucoup de dirigeants liront ce report comme un répit pour ne rien faire. C'est l'inverse.
Ce délai est exactement la fenêtre dont vous avez besoin pour installer une cadence de gouvernance avant que vos flottes d'agents n'atteignent une échelle ingérable. Les 40 % de projets que Gartner voit s'annuler ne mourront pas d'un mauvais modèle — ils mourront d'avoir mis des agents en production sans propriétaire, sans périmètre et sans interrupteur, puis d'avoir découvert le coût et le risque trop tard.
Quatre questions pour votre prochain COMEX
- Combien d'agents agissent aujourd'hui sur nos systèmes — et lesquels n'ont aucun propriétaire nommé ?
- Pour chacun : que peut-il écrire, payer ou déclencher sans relecture humaine ?
- Pourrions-nous, demain matin, prouver au régulateur ce qu'un agent donné a décidé la semaine dernière ?
- Avons-nous un interrupteur testé — ou faisons-nous confiance au fait que tout se passera bien ?
Si trois de ces quatre réponses sont floues, vous n'avez pas un problème d'IA. Vous avez une flotte sans mandat.
La question, pour 2026, n'est plus « quel est le meilleur agent ? ». C'est : qui répond de ce qu'il fait ?
Et vous, combien de vos agents pourriez-vous arrêter avant midi si l'un d'eux dérapait ?
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Sources :
- Gartner, Predicts Over 40% of Agentic AI Projects Will Be Canceled by End of 2027 (25 juin 2025) — gartner.com
- Anthropic, Donating the Model Context Protocol and establishing the Agentic AI Foundation (déc. 2025) — anthropic.com
- White & Case, EU agrees Digital Omnibus deal to simplify AI rules (mai 2026) — whitecase.com
- Précédent Air Canada (Tribunal civil de C.-B., 2024) — responsabilité de l'entreprise pour les sorties de son chatbot
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